Escape games, cinéma et jeux vidéo
21/04/2018



Il y a quelques temps, on vous parlait du festival NewImages, le nouveau rendez-vous du Forum des Images consacré à la création numérique et aux mondes virtuels sous toutes leurs formes. Retour sur notre participation à cet événement.

Le Festival NewImages s’est tenu au début du mois d’avril à Paris. On vous avait détaillé le programme dans un précédent article, en vous annonçant au passage la tenue d’une table ronde consacrée aux liens entre jeux et cinéma, à laquelle Clémence, la directrice d’Epsilon, était conviée. Si vous l’avez manquée ou que vous souhaitez la revoir, bonne nouvelle : la vidéo de l’événement est désormais disponible en ligne !



La thématique était vaste et les échanges furent passionnants… Mais également frustrants, car avec un tel sujet, la discussion aurait pu durer deux fois plus longtemps ! Et puisqu’il y a beaucoup à dire, on a décidé de vous livrer notre analyse détaillée.



La narration est un élément central au cinéma : qu’il s’agisse de romance, de drame, d’aventure ou de science-fiction, tous les films racontent une histoire. C’est également le cas de nombreux jeux vidéo, même si ce n’est pas systématique - on pense à Tetris, aux jeux d’arcade ou aux jeux de course par exemple. Du côté des escape games, si toutes les salles proposent une thématique bien définie et une mission spécifique (s’évader d’un hôpital psychiatrique, quitter le Titanic avant qu’il ne coule, sauver la planète d’une invasion de zombies…), le récit qui les accompagne peut être très sommaire ou bien, au contraire, travaillé dans ses moindres détails. Chez Epsilon Escape, nous avons la conviction que la narration est un élément essentiel pour une expérience forte et cohérente : l’histoire doit servir de fil rouge pour guider les joueurs tout au long de la partie.

Il est intéressant de souligner que dans les escape games, les éléments narratifs interviennent sous différentes formes. Les informations distillées par le game master avant le début du jeu plantent le décor. Mais une fois la partie lancée, les choses se compliquent : alors qu’au cinéma, les spectateurs suivent le propos du réalisateur de manière passive, dans une salle d’escape, les joueurs deviennent acteurs à part entière. Charge à eux d’observer, de fouiller, de découvrir la pièce dans laquelle ils se trouvent pour comprendre l’histoire dont eux-mêmes font partie.

C’est ici que le travail de scénographie prend toute son importance : l’environnement dans lequel les joueurs évoluent, l’agencement de l’espace et la façon dont les objets sont disposés sont autant d’éléments racontant une histoire. Un véritable défi pour les créateurs de salles, qui doivent intégrer les énigmes au décor de manière subtile, choisir avec soin des accessoires pertinents et trouver le juste équilibre entre immersion et lisibilité. Eh oui ! Si on se limite aux éléments utiles pour résoudre les énigmes, la pièce restera relativement vide, mais multiplier les objets, c’est aussi multiplier le risque que les joueurs se perdent dans des fausses pistes.

On retrouve ce travail de mise en scène dans de nombreux jeux vidéo, à une différence près… Et pas des moindre ! Dans un monde virtuel, même si le joueur fait ce qu’il veut, il ne peut pas “casser” le jeu. C’est une toute autre paire de manches lorsque le joueur évolue dans le monde réel où certaines équipes un peu trop enthousiaste seraient prêtes à décoller le papier peint des murs pour s’assurer qu’aucun indice n’est caché derrière. Là où les game designers de jeu vidéo peuvent laisser libre cours à leur imagination, les game designers d’escape games doivent tenir compte de cette réalité et prévoir des mécanismes et un décor à l’épreuve des joueurs les plus fougueux.

Si la narration et la mise en scène peuvent jouer un rôle non négligeable dans la compréhension des énigmes, l’inverse est encore plus vrai : la façon dont les énigmes s’enchaînent, la manière dont elles sont liées les unes aux autres et leur cohérence globale assurent au joueur une bonne compréhension de ce que les auteurs ont voulu raconter. Tout comme dans l’univers du jeu vidéo, il est d’ailleurs possible (voire même recommandé) de proposer un scénario délinéarisé, permettant aux joueurs de plancher sur plusieurs énigmes simultanément. La durée d’une session de jeu (généralement une heure) est en revanche à rapprocher de l’expérience que l’on fait au cinéma : la limite temporelle est précise et connue à l’avance.

Le point sur lequel l’escape game se démarque le plus est sans doute l’absence de rejouabilité : contrairement à un jeu vidéo ou un film que l’on peut revoir avec plaisir, jouer une salle d’escape pour la seconde fois ne présente aucun intérêt (sauf cas très particuliers). Impossible par ailleurs de dire à un groupe qu’il terminera une autre fois si toutes les énigmes n’ont pas été résolues dans le temps imparti. Le niveau de difficulté des énigmes et donc leur temps de résolution moyen doit donc être parfaitement calibré. Bien entendu, chaque équipe aura une progression différente dans le jeu, et tout le monde ne butera pas aux mêmes endroits. Certains groupes doivent être beaucoup aidés alors que d’autres n’ont besoin que d’un accompagnement minimum. C’est là qu’intervient l’expertise du game master : sa connaissance parfaite du scénario couplée à une analyse fine des comportements des joueurs lui permettent de délivrer les bons indices au bon moment et de garantir ainsi un tempo optimal.

On ne terminera pas ce tour d’horizon sans se pencher quelques instants sur les émotions. Au cinéma, on pleure, on rit, parce qu’on s’identifie aux personnages ou parce que l’histoire fait écho à notre propre vécu. Dans les escape game, il faut faire la distinction entre l’histoire racontée et le jeu en lui-même. Finalement, ce qui suscite de l’émotion chez le joueur, ce n’est pas tant ce qu’on lui raconte, mais ce qu’il vit dans le jeu : stress face au timing à respecter, frustration lorsqu’il reste bloqué face à une énigme, satisfaction lorsqu’il trouve la solution… Aujourd’hui, les game designers travaillent dur pour déclencher des émotions plus complexes et, avec une immersion toujours plus poussée, des scénarios originaux et des énigmes de plus en plus travaillées, il y a fort à parier que les salles du futur proposeront des expériences hors du commun.

 

Clémence Gueidan
Directrice d'Epsilon Escape


Aujourd'hui et depuis quelques semaines, en plus de ses offres de Team Building Escape Game, Epsilon Escape propose de la création d'Escape Game et de jeu "Sur mesure". Pour en savoir plus : lab@epsilonescape.fr